Parmi la sélection officielle 2009, 8 films sur les 12 en compétition sont issus du cinéma asiatique. Pourquoi ce choix ?
Jérôme Baron : « Il n’y a pas forcément de raison prédéterminée. Lors des éditions précédentes, la sélection des films en compétition s’équilibrait généralement avec 6 productions asiatiques, 3 latino américaines et 3 autres du Moyen-Orient.
Mais c’est avant tout la qualité des films proposés qui détermine notre choix. Et cette année, nous avons décelé une ambition d’écriture, de regard et de recherche formelle beaucoup plus manifeste dans le cinéma asiatique contemporain que dans celui d’Amérique du Sud ou d’Afrique. »
De quels pays parle t-on quand on évoque le cinéma asiatique ?
J.B : « On ne parle pas forcément de pays en particulier. Avant, on désignait plus généralement le cinéma japonais, coréen, taïwanais ou chinois. Aujourd’hui, la géographie est beaucoup plus large avec l’émergence de nouveaux groupes de réalisateurs originaires de Malaisie, d’Indonésie, de Singapour ou encore de Thaïlande. Au Festival des 3 Continents, nous avons toujours privilégié une approche globale de ce cinéma. C’est encore le cas cette année. »
Ce cinéma a t-il des spécificités ?
J.B : « Les cinéastes asiatiques ont une culture du regard très cinéphile grâce notamment à un marché du DVD pirate très actif. Ils peuvent vous parler d’un Renoir des années 30 comme des films de Brian de Palma ou de Martin Scorcese. La plupart du temps, toute cette culture se construit dans un désordre anarchique total sans l’enseignement académique auquel nous sommes habitués. Ces jeunes réalisateurs se réapproprient nos codes et ils les utilisent sous un jour nouveau en lien avec leur environnement.
C’est également un cinéma d’une grande variété. On le voit d’ailleurs dans notre programmation 2009. On passe du film d’action pure comme « Accident » de Soi Cheang à une histoire d’amour troublante dans « Sex is no laughing matter » du japonais Higuchi Nami. »
Comment évolue le cinéma asiatique aujourd’hui ?
J.B : « On ne peut pas parler de l’aspect structurel du cinéma asiatique d’un bloc, tant il y a une hétérogénéité des situations. D’un côté, les productions japonaise et hongkongaise sont très calquées sur l’industrie hollywoodienne. Le japon produit par exemple 400 films par an. Et de l’autre, il y a cette nouvelle génération de réalisateurs issus de pays plus modestes économiquement mais qui grâce à la révolution numérique, peuvent aujourd’hui mener leurs projets avec des budgets dérisoires. Et ce, sans pour autant nuire à la qualité du film. Dans les films que nous proposons cette année, « Blind Pig wants to fly » de l’indonésien edwin ou encore « Call if you need me » de James Lee originaire de Malaisie, en sont la preuve. »
Est-ce un cinéma accessible à tout public ?
J.B : « C’est une production très élaborée mais pas intellectualiste. Le cinéma asiatique est d’une grande générosité et fait une large place au spectateur. Aujourd’hui, il y a de plus en plus de films asiatiques sur les écrans français et ce n’est pas un hasard. »
Propos recueillis par Benoît Balthy – le 13 novembre 2009
Pratique :
Le Festival des 3 Continents du 24 novembre au 1er décembre
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Retrouvez un reportage sur cette nouvelle édition du Festival dans le prochain Najda.