Vous organisez le premier festival « Ville et cinéma ». Quel est le programme ?
Aldo Bearzetto : « La thématique de cette première édition s’articule autour de la mégalopole et plus particulièrement autour de Tokyo, Téhéran, Shanghai et Los Angeles. La soirée d’ouverture du festival sera d’ailleurs consacrée à Shanghai avec la projection du docu-fiction « Metropolis – Report on China » à l’Ecole Nationale d’Architecture de Nantes. Les autres séances sont prévues, quant à elles, au cinéma Katorza. »
A quels genres de films doit-on s’attendre ?
A.B : « Nous souhaitons faire découvrir ces mégalopoles à travers le documentaire et la fiction en mettant l’accent sur le polar urbain. Ce qu’on peut dire, c’est que les styles seront très variés d’une séance à l’autre. Il y a dans la programmation des films inclassables comme « Los Angeles plays itself » de Thom Anderson. L’originalité de ce film de montage, c’est qu’il mêle des séquences de la ville avec des extraits de films célèbres tournés à Los Angeles comme « Mulholland Drive » ou « Blade Runner ». »
Selon vous, la ville et le cinéma ont « leurs deux destins mêlés ». Pourquoi ?
A.B : « La ville moderne fait son apparition à la fin du 19ème siècle. C’est à cette époque que les frères Lumière déposent le brevet du cinématographe. Leurs premiers films comme « Sortie d’usine » montrent les mutations de l’environnement urbain qui s’industrialise. On peut aussi prendre l’exemple de « L’homme à la caméra » réalisé par Vertov, on y voit le fourmillement des hommes au milieu d’un nouvel espace en train de naître.
Dans le même temps, aller au cinéma devient une nouvelle habitude citadine. Alors pour toutes ces raisons, la ville moderne est totalement concomitante au cinéma. »
Pourquoi avoir choisi Nantes pour organiser le festival ?
A.B : « D’abord parce que je suis nantais depuis 5 ans mais pas seulement. Nantes est très fortement liée au cinéma. Déjà parce qu’on y trouve une offre cinématographique très importante, ce qui n’est pas forcément le cas dans toutes les villes de même taille, mais aussi parce que le projet urbain y est très intéressant. Je pense à l’Ile de Nantes notamment.
Après avoir tourné le dos à la Loire pendant des années, les nantais sont en train de se réapproprier cet espace. Jacques Demy s’était d’ailleurs intéressé au quotidien des chantiers avec « Une chambre en ville » et plus récemment, le documentariste Pierre-François Lebrun a suivi les mutations de l’île dans « La ville, le fleuve et l’architecte ». »
Propos recueillis par Benoît Balthy – le 16 février 2010